mardi 10 janvier 2017

24 octobre au 10 décembre 2016 - Brindisi tönt doch besser aus Bümpliz

Nous arrivons en Italie par la mer Adriatique au matin du 24 octobre. La mer est calme, le soleil voilé et le vent léger. À la sortie du ferry, nous pédalons jusqu'à Brindisi qu'on devine toute proche. Tombant sur le joli marché couvert de la vieille ville, on s'empresse de goûter aux mandarines et aux olives locales. Nous continuons à la recherche d'une jolie terrasse ensoleillée pour déguster notre premier café italien. Nous trouvons notre bonheur sur le port de plaisance. L'ambiance relaxe de ce début de semaine nous plaît. Nous avons tout le temps, Dario notre hôte warmshowers ne rentre qu'à 18 heures. Plus tard, roulant dans les rues au hasard, nous rencontrons Eugen, un cyclotouriste de Lucerne à vélo couché. Il revient lui aussi de Grèce, avec le ferry d'Igoumenitsa. C'est l'heure de dîner, on décide de partager nos ressources pour se faire des pâtes sur la place du port. Comme nous nous sommes fait confisquer notre bonbonne de gaz avant le ferry, Eugen sort son réchaud. Il nous régale de friandises glânées à la boulangerie de Zitsa, où il a lui aussi fait escale.

Un ferry stationne au milieu du port de Brindisi 
Les façades sont colorées
Dîner improvisé avec Eugen

À 18 heures nous retrouvons Dario à la gare après sa journée de travail. On lui demande s'il peut également accueillir Eugen qui ne sait où loger. Il accepte et nous conduit jusqu'à son appartement dans le vieux centre. Nous sommes gâtés par Dario, il nous laisse sa chambre à coucher et partage son salon avec Eugen. Il nous emmène manger dans un bon restaurant de la ville et nous raconte avec passion l'histoire de sa ville, des Pouilles et de Brindisi. Eugen, lorsqu'il apprend que les copines de Suisse viennent nous voir en avion, nous remet un paquet d'affaires personnelles qu'il souhaite renvoyer pour s'alléger.

Dès le lendemain, nous nous rendons à l'aéroport pour accueillir nos amies, Delphine et Lisa. Nous sommes équipés d'une voiture de location qui nous permettra de sillonner le centre des Pouilles. Premier arrêt pour faire plaisir à des Suissesses tout juste sorties de l'avion, la mer! À Torre Guaceto, la plage de sable fin et la mer turquoise y sont, mais l'eau est bien fraîche et le soleil tout juste réchauffant. À fin octobre, c'est peut-être le dernier bain de mer... Nous nous installons pour quelques jours dans notre appartement réservé à Ostuni, la «citta bianca». C'est une superbe ville fortifiée toute peinte de blanc, juchée sur une colline. Notre hébergement n'a semble-t-il pas été loué depuis l'été, une forte odeur de vieille cave humide s'en dégage. On s'en accommode tant bien que mal en ouvrant grand porte et fenêtres matin et soir. Les jours suivants le mauvais temps s'installe. Il pleut, ça caille, on additionne les couches. Fini la mer, les terrasses ensoleillées et les gelati! Heureusement, la bonne humeur est intacte. Merci pour les rigolades les cops! Sous le ciel gris nous faisons des sauts de puce avec notre véhicule pour visiter les villes emblématiques de la région, séparées par des mers d'oliviers. Alberobello, Locorotondo, Martina Franca…

Lisa et Delphine sont venues profiter du climat méditerranéen
des curiosités de l'Italie du Sud
Alberobello et ses trulli aux inscriptions énigmatiques
Cisternino
Cisternino
Sur le port de Brindisi

De retour à Brindisi après ces quelques jours de tourisme, nous faisons nos adieux aux copines. Non sans avoir récupéré le paquet d'Eugen, trop volumineux pour entrer dans leurs valises déjà pleines. Merde, qu'est-ce qu'on va en faire...

Nous prenons le train le même soir pour Oria, où nous sommes attendus pour deux semaines de volontariat à la ferme. Nous faisons la connaissance de Francesca, Mattia et leurs deux enfants, Olga et Nemo. Ils vivent dans une vieille maison typique et ont racheté un grand terrain agricole à quelques kilomètres de là. Ils mettent en pratique la permaculture dans leur vie sociale jusque dans leur assiette.


Le récit de Jonas

Le travail à la ferme est dur et laborieux, les journées longues et fatigantes. Après un quotidien organisé autour du vélo, je me retrouve dans une vie plus sédentaire et rythmée par le soleil. À 6h, le réveil sonne, je vais déjeuner pour être prêt pour accompagner Mattia au travail. Nous partons avec l'Ape, un petit véhicule tôlé à 3 roues avec un pont de chargement, qui se conduit comme une vespa. Le travail à la ferme est varié.

  • J'apprend les principes de la permaculture, comment faire son compost, l'utilisation des micro-organismes EM, la préparation des engrais naturel, genre Bokashi, l'apport en minéraux (azote, carbone, phosphore) dans les sols afin de les rendre plus fertile et produire une alimentation pleine de vitalité. J'ai découvert le procédé d'analyse de la qualité de la terre par une méthode physique de séparation de ses composants. Ce procédé s'appelle la chromatographie.
  • Sur le terrain, il y a beaucoup de bois découpé suite à la taille des fruitiers du printemps dernier. A l'aide d'une vieille carcasse en tôle, nous fabriquons un four afin de brûler ces restes de bois. En d'autres termes, j'apprends à fabriquer du biocharbon, qui une fois réduit en poudre sera intégré dans les engrais bio.
  • Après un diagnostic sur la circulation de l'eau et sur l'érosion, j'aide à l'aménagement des champs, à piqueter le terrain en suivant les courbes de niveau. J'apprend à transplanter des boutures de plantes aromatiques, semer dans les mini pots, arroser des plantes en pépinière avec un vaporisateur.  Les journées sont rythmées par les caprices du climat. Par chance, la météo est belle sur 10 jours. Il fait bon vivre dans les champs.

Préparation des semis entre volontaires

Départ de l'Ape chargée pour la pépinière.

La pyrolyse: réaction chimique qui permet la transformation
de la biomasse en amendement pour les sols.

Le charbon est mouillé pour stopper sa combustion et le rendre plus friable.

Mattia dépose le résultat de la transformation afin de le sécher au soleil.
Il sera ensuite broyé pour en obtenir une poudre, utilisée comme élément nutritif du sol.

Comme je suis tout de même un "volontaire", ma journée de travail finit à 14h, soit après 7h de travail. Après le repas de 14h, je suis très heureux de faire une bonne sieste avant d'enchaîner sur la préparation du souper... Mon lit est dans une caravane un peu humide et fraîche. Je partage tous les repas avec mes hôtes. Bien que le rythme de travail est fatiguant, j'apprécie mon séjour à la ferme. Sur les 12 jours de travail, je prends un jour de congé pour aller visiter la belle ville de Lecce.


Ambiance

Visite de l'agence de cyclo-randonnée locale.

Le récit d'Emmanuelle

Je décide de ne pas rester à la ferme, préférant rouler et découvrir les charmes de l'Italie du Sud. Le matin du 2 novembre, je quitte Oria en compagnie d'Eugen, venu récupérer son fameux paquet "encombrant". Nous commençons par longer le golfe de Tarente, la route suit l'autoroute, c'est plat et ennuyeux... A Metaponto, on saute sur l'occasion de bifurquer à l'intérieur des terres, notre objectif est de traverser la Basilicate pour rejoindre la Mer Tyrrhénienne. Les paysages vallonnés de cette région sont sauvages et bucoliques à souhait. Petites villes médiévales haut perchées sur leurs promontoires, vastes forêts parées de leurs couleurs d'automne, rivières et profondes vallées, ici le regard est enchanté. Eugen est un agréable compagnon de route, il s'adapte à mon rythme, on s'entend bien, j'en apprends plus sur sa vie. Parvenus à Maratea, petit port sur la côte tyrrhénienne, nous nous quittons avec beaucoup d'émotion. En effet, il poursuit sa route au sud pour aller en Sicile tandis que je roule encore jusqu'à Sapri et saute dans le train pour Salerne. Il pleut à verse, je suis bien contente de ne pas être sur mon vélo.

Un camping-plage sur la côte du golfe de Tarante
Et une nuit dans le vestiaire du stade de foot de Pisticci.
Il faut savoir varier les plaisirs
La Basilicate dans toute sa splendeur
Maratea
Je me remets en selle le lendemain pour rouler le long de la côte amalfitaine. C'est une journée magnifique, le soleil est revenu et la route côtière est un régal, malgré le trafic dense et les nombreux cars qui coupent les virages. Les paysages de carte postale s'enchaînent, je traverse une dizaine de petits villages accrochés aux parois de la montagne et plongeant vertigineusement dans la mer. Malgré le fait que nous soyons en novembre, un nombre impressionnant de touristes se pressent encore dans les petites ruelles étroites. Sur la route je ne compte plus les vélos de course qui me dépassent. Purs-sangs du cyclisme, ils me snobent bien, moi le gros percheron se traînant dans les montées.

Le soir, fourbue par les quelque 50km de montées-descentes, je termine ma course à Piano di Sorrento où m'attend mon hôte warmshowers, Michele. Ou plutôt sa maman, car lui est absent pour quelques jours. Britt est suédoise et vit dans la belle maison familiale de son mari décédé il y a quelques années. Elle m'accueille chaleureusement, me proposant d'entrée de jeu un bain chaud! Le premier depuis plus d'une année, je ne cache pas mon bonheur! En attendant l'arrivée de Jonas à Naples, je passe quelques belles journées en compagnie de Britt qui a à cœur de me faire visiter sa région d'adoption.


En quittant Salerne
Je me laisse charmer par la côte amalfitaine
Atrani 
Positano
Un hébergement de luxe chez Britt
Le dimanche 13 novembre, Jonas et moi nous nous retrouvons. Hébergés trois jours à Naples par Francesco et sa femme Federica, nous découvrons chez eux des armoires entière de paquets de pâtes aux formes et tailles les plus diverses, ainsi que quelques façons de les préparer. Francesco nous accompagne pour une petite visite de sa ville, nous contant avec ferveur l'âme napolitaine et ses grandes figures. Durant ces trois jours, nous en profitons pour visiter aussi Pompei et allons au spectacle de Pietro, l'ami napolitain de Jonas.


Arrivée à Naples sous la pluie

Francesco nous guide à travers les quartiers populaires de Naples
Les Napolitains aiment le foot
Ici c'est le pays de Cocagne...
Francesco nous explique la tradition du "Presebbio",  la fameuse crèche napolitaine
Sur le site de Pompei, l'artiste Igor Mitoraj expose ses monumentales sculptures 
L'une des fascinantes villas de Pompei 
Et des fresques tout à fait charmantes ;)
Mais il est déjà temps de repartir... Un peu de train jusqu'à Formia, et puis on remonte la côte du Latium à grands coups de journées de 80km. En quelques jours nous sommes aux sources thermales de Saturnia. C'est l'anniversaire de Jonas, ses parents nous ont offert deux nuits dans une belle maison d'hôte. Parfait pour se reposer et se remettre d'une crève pour Jonas. On en profite au maximum.

Sperlonga, matin du 18 novembre. Dernière baignade dans la mer!
Il a plu toute la nuit et une bonne partie de la matinée.
24-25 novembre, un bon week-end d'anniversaire
Les sources chaudes de Saturnia, rien que pour nous!
Une dernière baignade à Saturnia avant les harassantes
montées de la journée
On trouve refuge chez Lorenzo, propriétaire d'une bibliothèque libertaire.
Il débarque sur le coup des 22h, il nous avait oubliés... Heureusement, la porte était ouverte

La Toscane se révélera à la hauteur de sa réputation et de nos attentes. Les teintes automnales confèrent un charme fou à cette campagne féérique. La journée les rayons du soleil nous réchauffent, mais dès la fin de l'après-midi nous pétons de froid. Nous décidons de ne plus dormir sous tente et de prévoir un hôte warmshowers pour chaque nuit. Siena, San Gimignano, Lucca, les villes médiévales toscanes se succèdent sur notre route, on savoure toute la chance qu'on a d'être là sur nos vélos, libres et sans contraintes, dans une des plus belles régions d'Italie. Ce d'autant plus que la fin du voyage se rapproche à grands coups de pédale... Comme l'hiver d'ailleurs.

Automne magnifique
La mer de brouillard au loin (il n'y a pas que sur le plateau romand)
¨J'voudrais vivre des soirées belles à Sienne¨. Dernière glace de l'année!
Céramique décorée typique
Piazza del Duomo, Sienne
Vue depuis le Facciatone
Jonas serein, reste sur ses gardes

Drôle de machine agricole pour semer
 Bien emmitouflée, Emma attaque une descente, un peu courte à son goût.
Nous passons une soirée pleine d'enthousiasme avec Perla,
dans sa charmante maison de Camaiore. 
À Gênes, on fait le choix de prendre le train jusqu'à Aoste. La plaine du Pô ne nous motive pas plus que ça, et nous souhaitons rentrer en Suisse pour les fêtes. Nous restons deux nuits chez Bruno, visitons la jolie Aoste et son ambiance de Noël. Vu l'absence de neige, on est très tenté d'entreprendre la montée du col du Grand-Saint-Bernard, on trouve que ce serait un symbole fort pour notre retour au pays. On se dit que ça devrait passer, quitte à pousser un peu les vélos en haut... Après avoir demandé leur avis à quelques personnes à gauche à droite, on change d'avis. On va rester raisonnable et on opte pour le col de la Forclaz. Le détail qui tue avec ce plan B: à Courmayeur il faut traverser le tunnel du Mont-Blanc, évidemment interdit aux vélos. Le bus est trop cher, on se poste à quelques kilomètres de l'entrée pour faire du stop. Il nous faudra trois heures et pas moins de trois véhicules différents pour parvenir de l'autre côté avec tout notre barda.

Ce qui fait que nous partons de Chamonix à 14 heures, avec pour objectif Martigny, et pas moins de deux cols à franchir. La nuit commence à tomber dès 17h... Va falloir se grouiller. On passe la frontière à 16 heures passées, pas de douanier, nous voilà de retour en Suisse après 18 mois de voyage! On n'a pourtant pas le temps de fêter ça, il commence à faire sombre et le col de la Forclaz est encore bien loin... Autant dire que nous dévalons les derniers kilomètres de descente jusqu'à Martigny dans la nuit noire, la sueur de la montée glacée dans le dos, congelés par le souffle de la vitesse...

Il nous faudra encore trois jours de vélo pour descendre la vallée du Rhône, atteindre Lausanne puis enfin Yverdon, où nous avons eu la joie de retrouver nos amis et notre famille (et le brouillard du Nord-Vaudois. Mais ça c'est une autre histoire...).



On revoit "nos" belles Alpes après 18 mois d'absence.
Arrivés à Aoste en fin de journée, il fait cru.
On traverse les voies comme des malpropres, pas de rampe ni d'ascenseur.
Augusta Prætoria Salassorum
Bruno nous monte à 1200m avec son pick-up.
Nous passerons la journée à rouler à flanc de montagne, au soleil, avec vue sur le massif du Gran Paradiso.

Intéressantes formations géologiques.

Vue des Grandes Jorasses depuis Courmayeur

On fait du stop pour traverser le tunnel du Mont-Blanc.
Il nous faudra 3 heures pour y parvenir, en trois passages!

Avant-dernier col de notre étape du jour: Courmayeur-Martigny

Arrivée à la frontière franco-suisse, dans la grisaille et la pénombre du soir. On passe comme une lettre à la poste,
ça fait tout drôle. On est presque déçus de ne pas se faire fouiller pour l'occasion.

Un dernier col pour fêter notre arrivée en terre natale.
Il fait nuit totale lorsque nous entamons la descente jusqu'à Martigny, 1100m plus bas.
De quoi se geler les cou extrêmités!

Nos belles Dents du Midi croquées depuis le balcon de Tanja, notre dernière hôte WS de ce voyage!

Cet article sera le dernier, car nous sommes rentrés et nous allons reprendre une vie plus sédentaire. Nos prochains projets en lien avec ce voyage: une exposition de photographies ainsi que, peut-être, une présentation. Nous vous invitons à nous faire part de vos propositions si vous connaissez un lieu d'exposition ou une salle pour présenter notre voyage.

Nous tenons à remercier nos parents, notre famille qui ont eu la générosité et la confiance de nous laisser partir sur les routes à la découverte des richesses de cette planète merveilleuse; l'inconnu chrétien, musulman, bouddhiste ou athée qui nous a ouvert grand sa porte et partagé sa table…

Sans oublier tous nos amiEs, et tous les internautes assidus à la lecture de nos aventures.

MERCI À TOUTES ET TOUS!


10 décembre 2016, chaleureuses retrouvailles dans un froid mordant, sous le brouillard...