mercredi 25 mai 2016

24 avril au 7 mai 2016 - Kazakhstan!

Nous survolons les cimes enneigés du Pakistan et de l'Afghanistan en songeant que nous n'aurions jamais pu franchir de tels sommets sur nos bicyclettes. Au-dessus du Pamir tadjik, scotchés au hublot, nous mesurons l'ampleur de notre challenge. Dans quelques mois si tout va bien, nous traverserons à vélo cette chaîne immense aux cols culminant à plus de 4000m.

Waw!


Notre avion nous dépose à l'heure sur le tarmac d'Almaty, la "Ville des Pommes". La campagne environnante et ses montagnes enneigées nous rappelle nos contrées suisses. On bourre tout notre barda dans un taxi et en route pour la ville ou nous attend Artem, notre hôte Warmshowers sur place. Le taxi n'est pas donné, on se fait arnaquer selon la bonne vieille tradition en vigueur avec les taxis d'aéroports. Même après une longue négociation on s'en sort à 15$, ce qui représente beaucoup pour le trajet effectué. On se dit qu'on aurait pu remonter nos montures dans le hall de l'aéroport et avaler les 15 kilomètres à vélo... Too late.

Un petit air de Cointrin

Artem nous aide à remonter nos vélos devant son immeuble. Nous montons toutes nos sacoches et nos vélos dans le 2 pièces sis au 4è étage (sans ascenseur bien sûr). Les vélos trouvent place sur le balcon, nous nous posons dans la cuisine pour partager un thé. Artem n'aime pas cuisiner. Affamés, nous nous jetons avec culpabilité sur les trois blinis de son petit-déjeuner qui traînent sur la table, ainsi que quelques fruits secs qu'il nous propose. On commence à se demander si ce jeune homme reçoit souvent des voyageurs sous son toit, car le contact n'est pas facile et peu spontané, il nous faut constamment relancer la conversation. Peu après nous avoir montré de belles photos de ses excursions dans les montagnes kazakhes toutes proches, Artem se retranche derrière son écran d'ordinateur, coupant court à toute discussion. Bon, on se dit que finalement on va partir plus vite que prévu et ne rester qu'une nuit chez lui...

Remontage des vélos avec Artem


Dans cette ville de plus d'un million et demi d'habitants, un sentiment de froideur nous plombe. Fini les sourires et les invitations spontanées à partager une bière ou un gueuleton au bord des routes thaïlandaises. Il règne une atmosphère austère et un peu glauque, les gens tirent la gueule (pour peu on se croirait en Suisse). Sur la terrasse d'un restaurant, nous tentons de planifier notre itinéraire au Kazakhstan. Nous n'avons pas besoin de visa pour les 15 jours à venir. Nous voulons traverser la frontière à Kegen, au sud-est du Kazakhstan, pour pouvoir ensuite longer le lac Issyk Kul au Kirghizistan. Petit souci: ce poste frontière n'ouvre pas avant le mois de mai, mais la date précise varie d'année en année. Nous sommes le 25 avril, il est assez difficile de dégotter la date officielle qu'il nous faudrait, donc on hésite à opter plutôt pour la sécurité et partir directement sur Bishkek (ouest).


Almaty - bienvenue dans la grisaille !
En chemin dans le centre d'Almaty, nous rencontrons Alexandre et Segolène, deux cyclos de Lille qui comptent quelques 25'000 km au compteur... Nous partageons une soirée autour d'un repas sur la terrasse d'une auberge, à l'abri de la pluie. On les apprécie bien ces deux-là, on rigole bien, on s'échange nos expériences. Nous avons fait plus ou moins le même chemin qu'eux, mais en sens inverse. Eux reviennent de la fameuse frontière de Kegen, déçus car ils ont été refoulés. Par contre ils nous confirment qu'elle sera bel et bien ouverte dès le 1er mai. C'est le signe qu'il nous fallait, la frontière que l'on convoite sera ouverte pour notre passage dans une semaine! Alors départ.

Nous n'avons pas fait 40km hors d'Almaty qu'une grosse voiture blanche s'arrête à quelques mètres devant nous. Une petite famille en sort et nous fait de grands signes. Sans ambages, Nazim, la maman nous invite chez eux. Ils habitent à 20 km de là, dans la petite ville d'Esik au pied des montagnes Tian Shan. Waw... On est un peu décontenancés par cette proposition sortie de nulle part, mais ils ont l'air tellement gentils ! On se laisse tenter, Jonas leur propose d'embarquer nos sacoches pour que nous soyons plus rapides jusqu'à leur maison car la journée touche à sa fin. Nazim nous confie son téléphone portable, nous disant de la joindre une fois à Esik. Après la bifurcation pour Esik, la route se met à monter progressivement sur une dizaine de kilomètres. Le rythme ralentit, la nuit tombe gentiment, il commence à faire froid. Peu avant Esik, gros flip ! L'Iphone de Nazim n'a plus de batterie, et on ignore complètement où ils habitent... Car, bien sûr, on n'a même pas pensé à leur demander leurs coordonnées. On se voit déjà dormir sous un pont, sans vêtements chauds, sans sac de couchage, bref, en ayant perdu toutes nos affaires...
Heureusement, Nazim est pragmatique. Après avoir tenté de nous joindre sans succès sur son téléphone, elle envoie sa nièce Zhanseya nous attendre au milieu du bled ! Quel soulagement lorsqu'on aperçoit la jeune fille ! A peine remis de nos émotions, nous nous retrouvons dans la grande maison plutôt cossue de Nazim et son mari Murat, tout impressionnés d'atterrir dans ce chaleureux cocon. Presqu'aussitôt, le repas du soir est servi sur la grande table de la cuisine. Nous dégustons notre premier laghman (des pâtes avec de la viande), de la salade de légumes, suivi de chocolat kazakhe, de confiture maison et autres douceurs.

Une grande famille! De gauche à droite: Alibi, Nadia, Zhansaya, Ruslan, Nurumbek, Zhandos, Murat et Nazim

Nadia et Zhansara

On fait connaissance avec la famille au complet : Murat et Nazim, leurs 4 enfants Ruslan, Marat, Nadia et Alibi, ainsi que la nièce et les neveux, Zhansaya, Zhandos et Nurumbek.
Rapidement, ils nous invitent à passer quelques jours avec eux, afin de prendre part à l'anniversaire du petit dernier, Alibi, le dimanche suivant. Askar, le frère de Nazim, met un point d'honneur à nous inviter à son tour pour un fastueux repas chez lui. Askar est un jeune homme d'affaire ambitieux et très fier de son pays. Nous restons scotchés en découvrant sa luxueuse maison aux innombrables pièces, l'immense salle à manger recouverte de victuailles, un bania (sauna) et une piscine dans le jardin, pfiou, on se pince pour y croire…

Murat et Nazim nous emmènent au lac Issyk tout près de chez eux (à ne pas confondre avec la lac Issyk Kul au Kirghizistan)
Parure pour cheval
Près d'Esik fut retrouvé en 1969 le tertre funéraire (kurgan) d'un prince ou une princesse Saka (scythe),
datant du 4è ou 3è siècle avant JC. La cataphracte (armure à écailles) est constituée de 4'000 pièces d'or

Chez Askar nous attend un festin royal!
La famille est au grand complet, les enfants mangent à la cuisine
Jonas a reçu une belle casquette du grand-papa


Le samovar

Le dimanche, pic-nic en bonne et due forme au bord du lac pour les 5 ans du petit dernier


On s'essaie vaguement à la pêche, sans succès. Les montagnes Tian Shan au fond

Askar est féru de chasse et sa maman très fière de lui.

Joyeux Anniversaire Alibi
Nous passons ainsi 4 jours parmi cette famille kazakhe, partageant un peu de la vie quotidienne de ces gens d'une infinie générosité. Cela nous permet en outre de dormir au sec, alors qu'à l'extérieur il pleut des cordes à n'en plus finir.

L'islam est la religion majoritaire au Kazakhstan. Nous nous rendons vite compte que les Kazakhs entretiennent un rapport plutôt... décontracté avec la religion. Ici, on boit de l'alcool, les femmes ne sont pas voilées, on se rend de temps en temps à la mosquée histoire de dire... 

Un peu à contrecoeur, nous quittons notre sympathique famille et reprenons la route le 2 mai, bien que la météo des jours suivants n'annonce rien qui vaille. Nous suivons une petite route secondaire plutôt bucolique, longeant un canal. La traversée de quelques villages vraiment reculés nous met mal à l'aise. Les villageois, assis devant leur maison ou groupés devant les petites échoppes, nous regardent comme des bêtes curieuses et les sourires sont bien rares. On se sent pas trop les bienvenus... Heureusement, les enfants, eux, nous saluent en rigolant et sont tout réjouis à l'idée de nous accompagner au puits remplir notre poche. 
La mosquée d'Esik. Les pluies des derniers jours ont gonflé la rivière Issyk
Camping humide

Pas tant la canicule par ici

Bergers à cheval

On se croirait dans un film Trigon
Quel trafic!!!

La steppe kazhake

Au bout d'une centaine de kilomètres, nous débouchons sur la route principale qui mène au Charyn Canyon. Une fois au panneau qui l'indique, il faut encore suivre une piste de 10 km pour parvenir au canyon proprement dit, situé au sein de la réserve naturelle de Charyn. Un superbe endroit, où nous campons joyeusement en compagnie de trois cyclos, deux frères Australiens et un Glaronnais qui nous racontent leurs voyages. Le lendemain nous nous engageons dans une jolie promenade au fond de ce canyon gigantesque, long de 80km. Nous empruntons un sentier escarpé jusqu'au fond de la gorge où coule une rivière glaciale. Nous espérions nous laver dans l'eau fraîche, mais nous pouvons tout juste nous rincer les pieds, tant l'eau est froide ! Nous reprenons nos bikes après avoir remercié nos amis australiens qui ont surveillé notre tente et toutes nos affaires en notre absence. Confiance de cyclovoyageurs!

Sacré vue par la fenêtre de la maison!


Plus près du ciel
Charyn Canyon
  
Arizona? Non, Kazakhstan

Les 10 km de piste que nous devons refaire en sens inverse nous paraissent bien chiants cette fois-ci. Le terrain, sableux et cahoteux, est en légère montée. La route principale retrouvée, il nous faut monter un petit col, qui nous gratifie d'une superbe descente avec vue sur le côté du canyon. Un paysage à couper le souffle, on se croirait dans le Grand Canyon en Arizona. Tout au loin, on aperçoit la longue montée qui nous attend. Interminable, effectivement, de plus agrémentée d'un petit vent de face persistant.

De l'autre côté du canyon
Dans un petit village nous nous ravitaillons en eau et légumes pour le souper, avant de monter le camp dans la steppe voisine, au pied des collines verdoyantes. Nous devons réhabituer notre oeil à ces espaces immenses, constellés de chevaux et de moutons surveillés par des cavaliers. D'un côté l'horizon se perd dans le ciel, de l'autre côté de hautes chaînes de montagnes se laissent deviner au loin. Nous sentons faire partie d'un tout dans ce paysage invitant à la méditation. La nuit tombe vers 20h, soit 2 heures plus tard qu'en Thaïlande. On apprécie de gagner quelques heures de jour et de pouvoir profiter de nos soirées.



Vulcanisation

Ravitaillement au village d'Aksai

Une paix royale

Hier beau soleil couchant, ce matin la pluie menace, encore!?

Le ciel semble se préparer à l'averse le matin suivant, lorsque nous levons le camp. De gros nuages encombrent le ciel et ne présagent rien de bon pour la journée. Effectivement, c'est dans la montée d'un nouveau col que nous recevons nos premières gouttes. Nous finissons notre ascension sous des litres de flotte, pas d'endroit pour s'abriter ! Ah, la dure vie de cyclistes sur les routes de l'Asie Centrale. On en aura plein d'autres au Kirghizistan, des journées comme celle-ci, oh oui!

Nous arrivons enfin à Kegen et cherchons le seul hôtel de la ville. La façade décrépie et l'allure abandonnée du lieu ne nous invitent guère à y trouver refuge. Un passant nous voit attendre devant le portail fermé et appelle pour nous le numéro inscrit sur la grande porte métallique verrouillée. À notre surprise, l'intérieur se révèle plutôt confortable et chaleureux, une fois douchés et au chaud sous les couvertures. Dehors une nouvelle averse fait rage.

On attaque le col avant Kegen
La vue depuis le seul hôtel de Kegen, pendant une brève éclaircie

Au lendemain, un splendide soleil nous offre des vues imprenables sur 360 degrés, nous sommes véritablement entourés par la majestueuse chaîne des Tian Shan, dont les sommets avoisinent les 7000m. On se régale de faire partie du paysage, si petits que nous sommes. Nous pédalons dans la vallée verdoyante de Karkara, où se trouve la frontière kirghize que nous atteignons en milieu d'après-midi, ralentis par un vent frontal à nous clouer sur place.
Après un « Ciao ! » cordial et une poignée de mains entre Jonas et les gardes-frontières kazhakes, nous avons droit à une fouille complète de nos sacoches. Le contenu de la trousse à médicament est détaillé scrupuleusement. «No cocaïn, no heroïn?» nous lance le garde-frontière, amusé, supervisé par un militaire kalashnikov en bandouillère.
Nous faisons tamponner nos passeports du visa gratuit de 60 jours pour le territoire kirghize et fuyons ce plateau venteux, pour nous planquer derrière une collinette, le temps de dévorer notre pic-nic.

L'ancienne mosquée de Kegen
Kegen, dernière ville avant le Kirghizistan

Des paysages de fou


Et un poste-frontière du bout du monde
En route pour le KIRGHISTAN

7 commentaires:

  1. C'est parti pour l'Asie Centrale. On vous envie, ça reste parmi les plus beaux souvenirs.
    Profitez bien.
    Eric et Charlotte

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  2. J'ai envie d'aller là bas !!!

    Profitez à fond mais faites gaffe aux sacoches quand même...

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  3. Époustouflantes, extraordinaires, superbes vos photos.
    Les couleurs sont très belles et les panoramas donnent bien la dimension de ces pays d'Asie centrale...
    J'aime aussi beaucoup les portraits car cela permet de sentir un peu comment vous vous sentez...
    Je n'ai pas encore lu...
    Je reviens après.
    Bisous...

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  4. La lecture est abasourdissante...
    Comment osez abandonner vos sacoches, tout votre matériel indispensable à votre vie de cyclo en des mains inconnues.
    C'est la que je reconnais la confiance qui nait dans le voyage à force de belles rencontres et de profonds rapports humains.
    Méditation: en effet, de telle paysage invite à ce respect de l'environnement, des humains qui le peuplent, respect de la nature qui dans ces contrées prend des proportions inhumaines comme vous l'avez ressenti dans l'avion.
    Et puis, deux petits suisses et d'autres comme eux, de coup de pédale en coup de pédale, absorbent cette nature, intègrent ce paysage, fait corps avec lui, qu'il pleuve averse, qu'il vente; le combat est inégal mais la persévérance, l'endurance, la volonté permettent de surmonter les obstacles et d'aller son bonhomme/bonnefemme de chemin et de s'approcher chaque jour un peu plus de son fort intérieur et de l'espace sacré qui unit un couple...
    Allahas maladek, güle güle
    Je vous aime et vous admire

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  5. Jonas and Emma good luck to You. Happy road. And drive safely to home. You know that You have in Kazakhstan, there is a home that You will always be waiting.

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  6. Magnifique,

    Je vous admire et bonne continuation !

    anne-lise chevalier

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