mercredi 25 mai 2016

24 avril au 7 mai 2016 - Kazakhstan!

Nous survolons les cimes enneigés du Pakistan et de l'Afghanistan en songeant que nous n'aurions jamais pu franchir de tels sommets sur nos bicyclettes. Au-dessus du Pamir tadjik, scotchés au hublot, nous mesurons l'ampleur de notre challenge. Dans quelques mois si tout va bien, nous traverserons à vélo cette chaîne immense aux cols culminant à plus de 4000m.

Waw!


Notre avion nous dépose à l'heure sur le tarmac d'Almaty, la "Ville des Pommes". La campagne environnante et ses montagnes enneigées nous rappelle nos contrées suisses. On bourre tout notre barda dans un taxi et en route pour la ville ou nous attend Artem, notre hôte Warmshowers sur place. Le taxi n'est pas donné, on se fait arnaquer selon la bonne vieille tradition en vigueur avec les taxis d'aéroports. Même après une longue négociation on s'en sort à 15$, ce qui représente beaucoup pour le trajet effectué. On se dit qu'on aurait pu remonter nos montures dans le hall de l'aéroport et avaler les 15 kilomètres à vélo... Too late.

Un petit air de Cointrin

Artem nous aide à remonter nos vélos devant son immeuble. Nous montons toutes nos sacoches et nos vélos dans le 2 pièces sis au 4è étage (sans ascenseur bien sûr). Les vélos trouvent place sur le balcon, nous nous posons dans la cuisine pour partager un thé. Artem n'aime pas cuisiner. Affamés, nous nous jetons avec culpabilité sur les trois blinis de son petit-déjeuner qui traînent sur la table, ainsi que quelques fruits secs qu'il nous propose. On commence à se demander si ce jeune homme reçoit souvent des voyageurs sous son toit, car le contact n'est pas facile et peu spontané, il nous faut constamment relancer la conversation. Peu après nous avoir montré de belles photos de ses excursions dans les montagnes kazakhes toutes proches, Artem se retranche derrière son écran d'ordinateur, coupant court à toute discussion. Bon, on se dit que finalement on va partir plus vite que prévu et ne rester qu'une nuit chez lui...

Remontage des vélos avec Artem


Dans cette ville de plus d'un million et demi d'habitants, un sentiment de froideur nous plombe. Fini les sourires et les invitations spontanées à partager une bière ou un gueuleton au bord des routes thaïlandaises. Il règne une atmosphère austère et un peu glauque, les gens tirent la gueule (pour peu on se croirait en Suisse). Sur la terrasse d'un restaurant, nous tentons de planifier notre itinéraire au Kazakhstan. Nous n'avons pas besoin de visa pour les 15 jours à venir. Nous voulons traverser la frontière à Kegen, au sud-est du Kazakhstan, pour pouvoir ensuite longer le lac Issyk Kul au Kirghizistan. Petit souci: ce poste frontière n'ouvre pas avant le mois de mai, mais la date précise varie d'année en année. Nous sommes le 25 avril, il est assez difficile de dégotter la date officielle qu'il nous faudrait, donc on hésite à opter plutôt pour la sécurité et partir directement sur Bishkek (ouest).


Almaty - bienvenue dans la grisaille !
En chemin dans le centre d'Almaty, nous rencontrons Alexandre et Segolène, deux cyclos de Lille qui comptent quelques 25'000 km au compteur... Nous partageons une soirée autour d'un repas sur la terrasse d'une auberge, à l'abri de la pluie. On les apprécie bien ces deux-là, on rigole bien, on s'échange nos expériences. Nous avons fait plus ou moins le même chemin qu'eux, mais en sens inverse. Eux reviennent de la fameuse frontière de Kegen, déçus car ils ont été refoulés. Par contre ils nous confirment qu'elle sera bel et bien ouverte dès le 1er mai. C'est le signe qu'il nous fallait, la frontière que l'on convoite sera ouverte pour notre passage dans une semaine! Alors départ.

Nous n'avons pas fait 40km hors d'Almaty qu'une grosse voiture blanche s'arrête à quelques mètres devant nous. Une petite famille en sort et nous fait de grands signes. Sans ambages, Nazim, la maman nous invite chez eux. Ils habitent à 20 km de là, dans la petite ville d'Esik au pied des montagnes Tian Shan. Waw... On est un peu décontenancés par cette proposition sortie de nulle part, mais ils ont l'air tellement gentils ! On se laisse tenter, Jonas leur propose d'embarquer nos sacoches pour que nous soyons plus rapides jusqu'à leur maison car la journée touche à sa fin. Nazim nous confie son téléphone portable, nous disant de la joindre une fois à Esik. Après la bifurcation pour Esik, la route se met à monter progressivement sur une dizaine de kilomètres. Le rythme ralentit, la nuit tombe gentiment, il commence à faire froid. Peu avant Esik, gros flip ! L'Iphone de Nazim n'a plus de batterie, et on ignore complètement où ils habitent... Car, bien sûr, on n'a même pas pensé à leur demander leurs coordonnées. On se voit déjà dormir sous un pont, sans vêtements chauds, sans sac de couchage, bref, en ayant perdu toutes nos affaires...
Heureusement, Nazim est pragmatique. Après avoir tenté de nous joindre sans succès sur son téléphone, elle envoie sa nièce Zhanseya nous attendre au milieu du bled ! Quel soulagement lorsqu'on aperçoit la jeune fille ! A peine remis de nos émotions, nous nous retrouvons dans la grande maison plutôt cossue de Nazim et son mari Murat, tout impressionnés d'atterrir dans ce chaleureux cocon. Presqu'aussitôt, le repas du soir est servi sur la grande table de la cuisine. Nous dégustons notre premier laghman (des pâtes avec de la viande), de la salade de légumes, suivi de chocolat kazakhe, de confiture maison et autres douceurs.

Une grande famille! De gauche à droite: Alibi, Nadia, Zhansaya, Ruslan, Nurumbek, Zhandos, Murat et Nazim

Nadia et Zhansara

On fait connaissance avec la famille au complet : Murat et Nazim, leurs 4 enfants Ruslan, Marat, Nadia et Alibi, ainsi que la nièce et les neveux, Zhansaya, Zhandos et Nurumbek.
Rapidement, ils nous invitent à passer quelques jours avec eux, afin de prendre part à l'anniversaire du petit dernier, Alibi, le dimanche suivant. Askar, le frère de Nazim, met un point d'honneur à nous inviter à son tour pour un fastueux repas chez lui. Askar est un jeune homme d'affaire ambitieux et très fier de son pays. Nous restons scotchés en découvrant sa luxueuse maison aux innombrables pièces, l'immense salle à manger recouverte de victuailles, un bania (sauna) et une piscine dans le jardin, pfiou, on se pince pour y croire…

Murat et Nazim nous emmènent au lac Issyk tout près de chez eux (à ne pas confondre avec la lac Issyk Kul au Kirghizistan)
Parure pour cheval
Près d'Esik fut retrouvé en 1969 le tertre funéraire (kurgan) d'un prince ou une princesse Saka (scythe),
datant du 4è ou 3è siècle avant JC. La cataphracte (armure à écailles) est constituée de 4'000 pièces d'or

Chez Askar nous attend un festin royal!
La famille est au grand complet, les enfants mangent à la cuisine
Jonas a reçu une belle casquette du grand-papa


Le samovar

Le dimanche, pic-nic en bonne et due forme au bord du lac pour les 5 ans du petit dernier


On s'essaie vaguement à la pêche, sans succès. Les montagnes Tian Shan au fond

Askar est féru de chasse et sa maman très fière de lui.

Joyeux Anniversaire Alibi
Nous passons ainsi 4 jours parmi cette famille kazakhe, partageant un peu de la vie quotidienne de ces gens d'une infinie générosité. Cela nous permet en outre de dormir au sec, alors qu'à l'extérieur il pleut des cordes à n'en plus finir.

L'islam est la religion majoritaire au Kazakhstan. Nous nous rendons vite compte que les Kazakhs entretiennent un rapport plutôt... décontracté avec la religion. Ici, on boit de l'alcool, les femmes ne sont pas voilées, on se rend de temps en temps à la mosquée histoire de dire... 

Un peu à contrecoeur, nous quittons notre sympathique famille et reprenons la route le 2 mai, bien que la météo des jours suivants n'annonce rien qui vaille. Nous suivons une petite route secondaire plutôt bucolique, longeant un canal. La traversée de quelques villages vraiment reculés nous met mal à l'aise. Les villageois, assis devant leur maison ou groupés devant les petites échoppes, nous regardent comme des bêtes curieuses et les sourires sont bien rares. On se sent pas trop les bienvenus... Heureusement, les enfants, eux, nous saluent en rigolant et sont tout réjouis à l'idée de nous accompagner au puits remplir notre poche. 
La mosquée d'Esik. Les pluies des derniers jours ont gonflé la rivière Issyk
Camping humide

Pas tant la canicule par ici

Bergers à cheval

On se croirait dans un film Trigon
Quel trafic!!!

La steppe kazhake

Au bout d'une centaine de kilomètres, nous débouchons sur la route principale qui mène au Charyn Canyon. Une fois au panneau qui l'indique, il faut encore suivre une piste de 10 km pour parvenir au canyon proprement dit, situé au sein de la réserve naturelle de Charyn. Un superbe endroit, où nous campons joyeusement en compagnie de trois cyclos, deux frères Australiens et un Glaronnais qui nous racontent leurs voyages. Le lendemain nous nous engageons dans une jolie promenade au fond de ce canyon gigantesque, long de 80km. Nous empruntons un sentier escarpé jusqu'au fond de la gorge où coule une rivière glaciale. Nous espérions nous laver dans l'eau fraîche, mais nous pouvons tout juste nous rincer les pieds, tant l'eau est froide ! Nous reprenons nos bikes après avoir remercié nos amis australiens qui ont surveillé notre tente et toutes nos affaires en notre absence. Confiance de cyclovoyageurs!

Sacré vue par la fenêtre de la maison!


Plus près du ciel
Charyn Canyon
  
Arizona? Non, Kazakhstan

Les 10 km de piste que nous devons refaire en sens inverse nous paraissent bien chiants cette fois-ci. Le terrain, sableux et cahoteux, est en légère montée. La route principale retrouvée, il nous faut monter un petit col, qui nous gratifie d'une superbe descente avec vue sur le côté du canyon. Un paysage à couper le souffle, on se croirait dans le Grand Canyon en Arizona. Tout au loin, on aperçoit la longue montée qui nous attend. Interminable, effectivement, de plus agrémentée d'un petit vent de face persistant.

De l'autre côté du canyon
Dans un petit village nous nous ravitaillons en eau et légumes pour le souper, avant de monter le camp dans la steppe voisine, au pied des collines verdoyantes. Nous devons réhabituer notre oeil à ces espaces immenses, constellés de chevaux et de moutons surveillés par des cavaliers. D'un côté l'horizon se perd dans le ciel, de l'autre côté de hautes chaînes de montagnes se laissent deviner au loin. Nous sentons faire partie d'un tout dans ce paysage invitant à la méditation. La nuit tombe vers 20h, soit 2 heures plus tard qu'en Thaïlande. On apprécie de gagner quelques heures de jour et de pouvoir profiter de nos soirées.



Vulcanisation

Ravitaillement au village d'Aksai

Une paix royale

Hier beau soleil couchant, ce matin la pluie menace, encore!?

Le ciel semble se préparer à l'averse le matin suivant, lorsque nous levons le camp. De gros nuages encombrent le ciel et ne présagent rien de bon pour la journée. Effectivement, c'est dans la montée d'un nouveau col que nous recevons nos premières gouttes. Nous finissons notre ascension sous des litres de flotte, pas d'endroit pour s'abriter ! Ah, la dure vie de cyclistes sur les routes de l'Asie Centrale. On en aura plein d'autres au Kirghizistan, des journées comme celle-ci, oh oui!

Nous arrivons enfin à Kegen et cherchons le seul hôtel de la ville. La façade décrépie et l'allure abandonnée du lieu ne nous invitent guère à y trouver refuge. Un passant nous voit attendre devant le portail fermé et appelle pour nous le numéro inscrit sur la grande porte métallique verrouillée. À notre surprise, l'intérieur se révèle plutôt confortable et chaleureux, une fois douchés et au chaud sous les couvertures. Dehors une nouvelle averse fait rage.

On attaque le col avant Kegen
La vue depuis le seul hôtel de Kegen, pendant une brève éclaircie

Au lendemain, un splendide soleil nous offre des vues imprenables sur 360 degrés, nous sommes véritablement entourés par la majestueuse chaîne des Tian Shan, dont les sommets avoisinent les 7000m. On se régale de faire partie du paysage, si petits que nous sommes. Nous pédalons dans la vallée verdoyante de Karkara, où se trouve la frontière kirghize que nous atteignons en milieu d'après-midi, ralentis par un vent frontal à nous clouer sur place.
Après un « Ciao ! » cordial et une poignée de mains entre Jonas et les gardes-frontières kazhakes, nous avons droit à une fouille complète de nos sacoches. Le contenu de la trousse à médicament est détaillé scrupuleusement. «No cocaïn, no heroïn?» nous lance le garde-frontière, amusé, supervisé par un militaire kalashnikov en bandouillère.
Nous faisons tamponner nos passeports du visa gratuit de 60 jours pour le territoire kirghize et fuyons ce plateau venteux, pour nous planquer derrière une collinette, le temps de dévorer notre pic-nic.

L'ancienne mosquée de Kegen
Kegen, dernière ville avant le Kirghizistan

Des paysages de fou


Et un poste-frontière du bout du monde
En route pour le KIRGHISTAN

mardi 17 mai 2016

4 au 24 avril 2016 - Parenthèse cambodgienne

Le 4 avril, nous prenons le train de 13h05 pour le Cambodge. On passe la nuit à Aranyaprathet, du côté thaï, afin de traverser la frontière tôt le matin suivant. Le lendemain, on rejoint la ville frontière de Poipet à 6km de là. Droit sous le panneau "Tourist Visa 30$", un fonctionnaire cambodgien ayant avisé nos billets de 1$ tente mollement de nous extorquer 6$. "33$ for Visa, Sir", répète-t-il sans conviction. Mais bien sûr! Bon, on ignore ce cuistre et on finit par recevoir quand même nos visas au coût officiel de 60$. La frontière de Poipet a bien mauvaise réputation parmi les voyageurs, les tentatives de corruption, pratiquées ouvertement et sans scrupules par les fonctionnaires, y sont la norme.

Portique de la frontière cambodgienne
On roule à nouveau à droite. Nous nous arrêtons au marché local pour savourer un sandwich (on retrouve la baguette de nos chers colonisateurs français). Il fait très sec, le pays est très plat et la route, sans un pet d'ombre, désespérément droite. On cuit déjà!

La différence de niveau de vie entre la Thaïlande et le Cambodge est assez frappante. Ici, point de 7-Eleven, ni de petites supérettes bien achalandées. Les habitations, très simples, ressemblent à celles que l'on a vues au Laos. Sur la route, on ne voit plus beaucoup de 4x4 flambants neufs.

Il est frais, mon poisson! (40° à l'ombre…)
Nous avons 150 km à parcourir jusqu'à Siem Reap, ville voisine du site d'Angkor. On hésite à couper le parcours en 3 parties, mais l'idée de pédaler 3 jours dans ce cagnard nous pousse à manger des kilomètres pour y parvenir en 2 jours. En fin de journée, après une longue sieste à l'ombre, nous nous relançons sur la route. Le soleil se couche dans notre dos, la luminosité décline, il fait bientôt nuit noire, la lune n'étant pas encore levée. Ce jour-là, nous établissons notre record journalier (on ne rit pas, les cyclos à 140km): 103 km, dont 2 bonnes heures de nuit. Au lendemain, il nous reste moins de 50km à faire, ouf!
On prépare le Nouvel-An khmer

Les scooters sont multi-fonctions

On arrive à Siem Reap, on se prend une chambre d'hôtel à 13$ avec piscine, mais oui!, et on plonge dans l'eau tiède mais bien agréable tout de même! La nuit est fraîche sous le ronron de l'air conditionné, de l'air en boîte! Au lendemain, nous avons rendez-vous avec Seyha, le premier membre Warmshowers du Cambodge. Il vient nous chercher à notre hôtel, assis sur sa grosse motocross. Nous sommes un peu surpris par son allure sur cet engin pétaradant. Il nous propose de le suivre jusqu'à la maison de ses parents. Il est 11h30, le soleil est au plus haut, et nous traversons toute la ville, puis en sortons, dans la direction opposée au site d'Angkor Wat! Où va-t-on finir notre course? Nous voilà arrivés devant une petite bicoque en construction. Nous sommes vaguement présentés à sa maman qui est au téléphone. Seyha nous demande si nous sommes mariés. La réponse honnête de Jonas nous vaudra deux nuits séparées car Seyha est adventiste du 7ème jour et refuse d'héberger dans un même lit, ou dans la même chambre des couples non mariés (qui vivent dans le péché, non mais!). Il fait une cuite à tomber. Nous dormons donc les deux dehors, Emma sur un lit de bambou, sous moustiquaire, tandis que Jonas s'enveloppe dans le hamac également équipé d'une moustiquaire (et aussi aéré que notre tente, hem). Au lendemain, après cette courte nuit, on se lève à 4h30 pour profiter du lever du soleil sur le temple Angkor Wat. Le programme est sympa, mais malheureusement le retour sur la ville est bien long, nous sommes à 7 km du centre, puis il nous faut encore pédaler 8km pour atteindre Angkor. On tourne en rond de longues minutes pour trouver les caisses qui ont changé de place. Bon, raté, le lever de soleil sur le célèbre temple ça sera pour une autre fois, car là le beau disque orangé est déjà bien haut dans le ciel. Nos sésames en poche pour 3 jours (40$/personne), nous nous lançons à l'aventure. Après quinze minutes de pédalage sur une route pleine de scooters et de tuk-tuk, nous arrivons devant la mystérieuse porte du temple Bantey Kdei. Ce temple-ci n'ouvre que dans 3/4 d'heure. La pouasse, j'te jure! Bon on profite de ce répit pour se poser à l'ombre d'un parasol, descendre un café glacé et s'engloutir un bon bol de nouille pour le déjeuner. Il est sept heures moins le quart, Angkor s'est déjà éveillé.

Co-voiturage bien rentabilisé

Le temple de Bantey Kdei

Guerrier khmer de Bantey Kdei

Le temple Ta Prohm, l'un des plus envahis par les touristes...
Il faut dire qu'Angelina Jolie y a promené sa plastique dans le film "Lara Croft" 

Les Dévatas, divinités féminines sculptées aux coins des portes des temples

Petit interlude Doctissimo: Bantey Kdei, Ta Promh, Preah Khan, Ta Keo, Pre Rup... Visite après visite, Jonas n'en peut plus. Son pied gauche lui fait mal. Une visite dans une clinique privée lui apprend qu'il a développé une infection au staphylocoques. Batterie d'antibios et vitamines pour éliminer bactéries et autres joyeusetés.

Horreur!

Revenons à nos moutons garudas: il y a à Angkor tant de merveilles et nous n'avons que 3 jours pour tout visiter! Nous aimons observer comment la nature reprend ses droits sur ces imposants témoins de l'Histoire. Les voluptueuses racines des “fromagers” enlacent les blocs de pierre jusqu'à rendre précaire l'équilibre des temples. Certains semblent à deux doigts de s'écrouler, d'autres ont été complètement démontés puis restaurés selon la technique de l'anastylose.

Nous traversons des kilomètres de ruines en essayant d'imaginer les sculpteurs à l'oeuvre, ou la vie qui se déroulait dans ces immenses villes dont n'ont subsisté que ces temples de pierre. Jonas aime imaginer la construction titanesque de tels monuments, pendant qu'Emma se passionne pour les scènes de vie gravées en bas-relief sur les murs. Le site a été énormément pillé au cours des siècles passés, jusque dans les années 90. En 1923 notamment, André Malraux tenta de voler des statues et bas-reliefs du temple de Bantey Srei. Il fut pris en flagrant délit de pillage à Phnom Penh et les bas-reliefs restitués.

Après la guerre civile, le site d'Angkor Wat a été réinvesti par les archéologues et inscrit au Patrimoine de l'UNESCO.

Les "fromagers" conservent les structures des murs, mais lorsqu'ils meurent, mettent le temple en péril. Ta Prohm
Notre abonnement de 3 jours a une validité d'une semaine, ce qui nous permet de faire une journée de pause entre chaque journée de visite. Les temples sont gigantesques, nous marchons des heures sous le soleil et reprenons nos vélos pour passer d'un temple à l'autre, car ils sont séparés de plusieurs kilomètres. Le premier jour nous totalisons 70km de vélo! Avec un retour de nuit chez Seyha, car Jonas nous paume dans les marais servant à la culture des nénuphars. Seyha vit décidément trop loin du site. C'est décidé, demain on va se trouver un hôtel pas cher au centre ville!

Nous sommes un peu empruntés lors des adieux ce matin-là. On est samedi, c'est jour de Sabbat pour Seyha et ses parents, ils s'apprêtent à se rendre à l'église. Il nous explique que selon la foi adventiste, il ne faut rien faire ce jour-là et consacrer entièrement sa journée à Dieu. Paf, ça ne rate pas, le voilà qui nous propose de nous joindre à eux. Ça nous met mal à l'aise, c'est un gars sympa, on n'a pas envie de le décevoir... Mais non. L'église, c'est décidément pas notre truc. D'ailleurs, nous, on n'essaye pas de convaincre qui que ce soit de devenir athée, pastafariste, ou quoi que ce soit... Bref, on reprend notre barda et on s'en va.

On visite une petite guesthouse au centre, on nous propose une chambre de 3 lits pour 4$. Génial, elle est jolie et ventilée. On accepte. Sous les toits, une vingtaine de lits vides se disputent la place. Personne ne séjourne là, apparemment. Nous sommes les seuls touristes! C'est à se poser des questions. À la veille du Nouvel-An Khmer, les hôtels affichent peu de disponibilité. Bref, on s'installe.

Il fait super chaud, on transpire à grosses gouttes (hé oui, encore!), on prendrait bien une douche... Mais voilà, pas d'eau! Elle est là la faille. Ça fait 7 jours que l'hôtel voit les clients partir car le puits est vide, après de longs mois sans pluie. Ils viennent tout juste aujourd'hui de recevoir une nouvelle quantité d'eau à utiliser, mais seulement dans les chambres du rez. Nous redescendons toutes nos sacoches et prenons nos quartiers dans une récente et belle chambre (7$), ventilateur et air conditionné en option (3$ de plus). Bon, le ventilo, ça devrait le faire. La douche est sans pression et l'eau sent la ferraille, mais au moins on peut se laver.
Le deuxième jour de notre pass, nous commençons par le gros morceau, le temple d'Angkor Wat lui-même. C'est le plus grand des temples du complexe. Il est difficile de rendre toute la démesure et la magie qui se dégagent de ce temple. Nous nous absorbons de longues heures à détailler les bas-reliefs, armés de notre précieux guide "Angkor, Cité Khmère" (payé un rein à Chiang Mai, vendu sur place 1$ par des petits vendeurs à la sauvette…).

Il y a deux-trois personnes qui attendent pour prendre LE "cliché-d'Angkor-Wat-avec-soleil-levant"
À l'intérieur du temple. Des dimensions impressionantes!

Angkor Wat au petit jour

Des gravures d'une infinie délicatesse 

Les barreaux de fenêtres imitent le bois tourné

Les magnifiques bas-reliefs des couloirs d'Angkor Wat

L'incontournable barattage de la mer de lait, tiré de la cosmologie hindouiste

Les singes

La silhouette si reconnaissable d'Angkor Wat

Nous poursuivons notre visite par Angkor Thom et le fameux Bayon, dont les énigmatiques tours-visages nous contemplent, à jamais figées dans la pierre.
Puzzle d'archéologue à Phnom Bakheng

Le temple-montagne Baksei Chamrong

Un touriste à vélo parmi les voitures

Un Asura (démon) pas trop content

Le Bayon

Les tours du Bayon et ses visages aux quatre points cardinaux

Le Bayon
On retourne à Preah Khan, qui est notre gros coup de coeur. Nous y sommes tranquilles, loin des hordes de touristes qui assaillent Angkor Wat, le Bayon et Ta Promh. Il se dégage de ce temple une atmosphère paisible et mystérieuse, nous nous perdons avec ravissement dans ses dédales, découvrons, admiratifs, ses gardiens de pierre et beaux frontons sculptés.

A Preah Khan, les racines des fromagers avalent aussi les murs

Garuda gardien

Preah Khan

Les perspectives de Preah Khan.
Au milieu, un linga, pierre d'apparence phallique symbolisant Shiva

Indiana Jonas parmi les ruines

Nous consacrons la dernière journée de notre pass au temple de Banteay Srei, la fameuse “citadelle des femmes” de grès rose, aux bas-reliefs si fins et détaillés. Nous nous y rendons en tuk-tuk, car il se situe à 40km du site principal. Le lieu est malheureusement déjà envahi d'une foule de touristes chinois très colorés, dont certains, équipés d'appareils photo professionnels nous invitent poliment à dégager de là pour pouvoir photographier leurs comparses hystériques. Quel cirque, ça nous rappelle Huang Long!
Buffalo family

Narasimha et Hiranyakasipu

Défilé de mode à la chinoise

Banteay Srei

Toute la finesse de gravures de Banteay Srei

Musiciens traditionnels

Musiciens traditionnels

Nous retournons passer l'après-midi à Angkor Thom. On visite le Baphuôn et le Phimeanakas, puis on s'installe à l'ombre, observant les préparatifs de la fête du Nouvel-An Khmer.
La vue du haut du Baphuon

Charmantes gravures

Motif floral

Tss, que calor!

Le Phimeanakas


Chapi-Chapo

Séance de croquis sous les regards curieux des enfants d'Angkor

Des milliers de Cambodgiens sont venus le fêter en famille (nombreuse) à Angkor Wat. Sur une grande estrade défilent des petites troupes de danse traditionnelle. Un groupe de musique anime les représentations. Les artistes, habillés de vêtements de soie chatoyants et colorés, dansent sur des chorégraphies rythmées. Nous partageons le plaisir de tous les spectateurs présents. Nous sommes un peu étonnés de constater que nous sommes presque les seuls "farang" (étrangers) à assister à la cérémonie d'ouverture de la fête. Nous pédzons tellement que le chauffeur de notre tuk-tuk se barre sans nous, alors que nous ne l'avons même pas encore payé... Il a dû se dire que ce sera plus rentable de faire plusieurs aller-retour jusqu'à Siem Reap, avec tous les Cambodgiens qui désirent se rendre à la fête. Tant pis, on se rabat sur un autre tuk-tuk qui nous ramène en ville. La fête bat ici aussi son plein, partout les gens s'aspergent à grands coups de pistolets à eau.






Le lendemain de trois jours de Nouvel-An, nous quittons notre hôtel qui n'a plus d'eau et, c'est nouveau, plus d'électricité.

On s'installe aux portes de Siem Reap afin de faire du stop pour retourner à Poipet, car nous n'avons pas envie de refaire à vélo le même trajet en sens inverse. Nous attendons à peine 15 minutes, et voilà qu'une petite famille en 4x4 s'arrête à notre hauteur. La mère et les enfants déjeunent sur le pont à l'arrière. Le père de famille assisté de son aîné comme interprète se propose de nous emmener gratuitement, pour un centaine de kilomètres. Toute la famille s'entasse dans l'habitacle pour nous laisser nous installer sur le pont avec nos vélos bien amarrés. Au final, on se fait déposer à 12 km de la frontière. Super! On se dépêche, il est 11 heures, si tout va bien on pourrait choper le train de 13h30 du côté thaïlandais et être à Bangkok pour la soirée! Mais nous avons un petit vent de face, et c'est l'heure la plus chaude du jour. On peine, on s'échauffe, on s'arrête, on se repose à l'ombre, on rougit, le coeur bat trop vite, on passe près de l'insolation. Bon, prenons notre temps, rien ne presse. Finalement c'est tant mieux car le passage de la frontière est un peu plus compliqué que prévu. Des gardes-frontières cambodgiens se battent pour nous tamponner notre passeport en "service express", en échange de quelques dollars qu'ils se mettraient impunément dans les poches bien sûr! On ne marche pas dans la combine, on a heureusement le temps de faire la queue. Il nous faut un bon moment pour dégotter le bureau officiel. Prises des empreintes digitales, photo, et hop, on reçoit notre tampon de sortie du Cambodge.

Là, deux cyclotouristes thaïlandais nous saluent, nous faisons brièvement connaissance. Ils ont laissé leur voiture de l'autre côté de la frontière et rentrent chez eux dans la région de Bangkok. Spontanément, ils nous proposent de nous ramener avec eux jusqu'à la capitale! À peine sortis du poste frontière, ils s'engagent dans un parking. Waw, cette fois-ci, ce sera confortablement assis sur les sièges en cuir d'un SUV 4 étoiles (avec air climatisé bien sûr!) que nous ferons le trajet pour Bangkok. Notre conducteur nous dépose en plein centre ville, à 21h.


De généreux cyclistes thaïlandais
Deux jours plus tard, nous recontrons Supaporn, pétillante jeune dame de 70 ans que nous avons contactée par le biais de Warmshowers. Directrice d'une école privée pour les enfants, Supaporn déborde d'énergie et d'enthousiasme. Elle accueille les cyclos du monde entier depuis 3 ans dans une petite maisonnette antique en bois de teck, rêve de visiter Paris et les Châteaux de la Loire à vélo, ce qu'elle a d'ailleurs planifié pour le mois de mai.

Au lendemain de notre arrivée, notre hôte nous promène avec entrain. Nous embarquons sur un bateau qui remonte la rivière Chao Phraya, passons près d'une heure sur le rafiot avant de débarquer dans un vieux quartier de Bangkok. Elle nous balade dans un marché en nous faisant déguster toutes sortes de sucreries locales et un gros morceau de "fish cake". Nous retraversons la rivière pour savourer un bol de soupe de nouilles sur un restaurant flottant de l'autre côté. Supaporn aime nous faire découvrir des facettes plus confidentielles de sa ville. Elle nous épate par son dynamisme et sa jeunesse d'esprit. Elle parle un anglais très fluide, utilise l'Iphone 6, Maps me, Facebook, roule les dimanches sur un vélo pliable Brompton. Pleine de vie! On en prend volontiers de la graine! Un matin elle nous invite à faire une animation pour ses petits élèves. Nous parlons de notre voyage, dessinons un vélo au tableau et expliquons notre manière de voyager en autonomie. Jonas conclut par une petite chanson bien suisse avec un "Là-haut sur la montagne, l'était un vieux chalet". Les bambins adorent!



Un des khlong de Bangkok

Les petites barques navigant sur les khlongs (canaux)

Spectacle de marionnettes

Nettoyage soigneux de la marionnette

Une très vieille maison de teck

Église portugaise
  
Présentation du voyage à vélo, avec un cyclo coréen
également logé dans la maison de Supaporn

Jonas divertit les petits...

...et improvise une animation

Drillés, les petits élèves de la Supawan School entonnent l'hymne national tous les matins

Recycling créatif

Un bel édifice de bois, malheureusement fort mal entretenu

Taxi!

Étal de durians

Sur la rivière Chao Phraya
Nous profitons de notre séjour dans cette ville pour faire nos achats de matos à remplacer, ainsi qu'une grosse remise en état de nos bicyclettes. Le service des 9'000 km, dont notamment le changement de tout l'entraînement (cassette, chaîne, plateau avant et axe de pédalier). Un entretien au coût important, mais qui nous paraît indispensable avant l'Asie Centrale. 

Nous profitons de la fête des 234 ans du Royaume de Rattanakosin (Bangkok) pour suivre une visite guidée gratuite en français au Musée National. Le Musée est installé dans les bâtiments d'un ancien palais. Dans les salles d'exposition, Claude, notre guide passionné et passionnant, nous fait découvrir les périodes artistiques successives thaïlandaises, du Vème au XIXème siècle: Dvaravati, Srivijava, Lopburi, Lanna, Sukhothai, Ayuttaya, jusqu'à la période actuelle qu'on appelle"Rattanakosin". Nous observons les différences de style des statues hindouistes et bouddhistes. Sur les grandes fresques murales ornant la chapelle du musée sont représentés les épisodes de la vie du Bouddha, de sa conception à son illumination sous le Figuier des pagodes. Cette visite guidée nous aura apporté de nombreuses références pour mieux comprendre le bouddhisme et ses différents courants et permis d'améliorer un peu notre connaissance de la culture asiatique. C'est également un bon complément à notre visite d'Angkor Wat, où nous avions notamment découvert les deux grandes épopées hindoues, le Râmâyana et le Mahâbhârata.

La veille de notre départ, nous débarquons chez Granny Bike and Bed pour désosser nos vélos et les mettre en carton (beaucoup trop petits...). Il faut encore livrer un paquet à la poste, timbrer les cartes postales, faire 2-3 achats de souvenirs, passer à la pharmacie, et préparer nos bagages! Que de choses à faire en si peu de temps! Jonas s'énerve comme à chaque fois qu'il est stressé et fait de son mieux pour être imbuvable... Vidés, on termine nos préparatifs à 22h, dans la moiteur de cette dernière soirée thaïlandaise.

Avec un petit pincement au coeur, nous quittons la gentillesse et la chaleur des Thaïlandais, nous réjouissant toutefois de rouler au coeur de l'Asie Centrale, dans les vastes étendues sauvages de la Route de la Soie, entourés par les montagnes qui nous manquent beaucoup. Pas mécontents de quitter l'Asie du Sud-Est si peuplée, la chaleur étouffante, les moustiques qui nous empêchent de dormir à longueur de nuits, la sauce de poisson et les posters géants de Bhumibol qui tient son appareil photo à tous les coins de rue...

Le 24 avril, nous nous envolons pour Almaty, au Kazakhstan. Nous amorçons ainsi notre (long) retour à la maison. Merci pour vos messages de soutien et à la prochaine pour de nouvelles aventures, plus fraîches celles-ci. C'est tout juste le printemps sur les plateaux kazakhs et kirghizes.

Le souci du détail!